J’irai dormir chez…les himbas.

26/09/2015
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Des deux semaines passées en Afrique, notre nuit chez une tribu Himba a été la plus marquante et la plus touchante à mes yeux…

Nous avons eu une chance inouïe de tomber par hasard sur une ex-Himba ayant accepté de nous conduire dans un village d’une authenticité rare, car contrairement à la majorité d’entre eux, sans contact avec les touristes, encore moins avec des blancs (les enfants les plus craintifs pleuraient lorsqu’on leur souriait, tandis que les plus téméraires voulaient toucher nos pieds, notre peau…). Ce n’est donc pas une guide professionnelle que nous embarquons à bord de notre petite Polo, mais bien une des leurs (elle en a gardé quelques séquelles comme par exemple les incisives inférieures arrachées, critère de beauté féminine traditionnelle). Maria parle un anglais mêlé d’un fort accent, sa langue maternelle est l’himba. Elle nous emmène d’abord acheter pour eux des “cadeaux” de remerciement pour leur accueil. Nous achetons alors 20kg de farine de maïs, de l’huile, des bonbons, etc…

Il nous a fallu rouler pendant près de 2h sur des routes vraiment très difficiles, escarpées et instables car fortement ensablées, bordées par la brousse, le tout sous un soleil de plomb et une chaleur étouffante.

C’est tôt dans l’après-midi que nous arrivons sans encombre à Oluhuna, petit village Himba d’environ trente mètres de diamètre, encerclé par une espèce de clôture de branchages entremêlées. Le village compte une quarantaine d’habitants lorsque tout le monde est présent. La polygamie étant de rigueur et le nombre d’enfants par femme s’élevant entre 8 à 11, les beaux-frères et belles-sœurs se mariant entre eux, il s’agissait finalement de membres d’une très grande famille vivant tous ensemble…

Premier aperçu à chaud : sentiment d’être passé dans une faille temporelle via la porte des Étoiles avec Jack O’Neill… Nous voici téléportés à l’âge de Pierre ?!

Que d’observations…d’échanges…de questions…de réactions…d’incompréhensions…de comparaisons… Pour le moment, les hommes sont absents, partis garder les troupeaux, ils reviendront plus tard ; il n’y a donc que femmes et enfants. Les femmes nous posent beaucoup de questions… Maria nous traduit sans problème. L’épouse la plus âgée du chef de la tribu, très avenante, aussi curieuse que sympathique, se couvre de graisse d’ocre devant nous, façon de nous expliquer d’où vient la couleur de sa peau, donc à demie artificielle… On l’a filmée et on lui montre sa petite démonstration. Elle crie, elle rit, elle s’auto-imite en se regardant…elle semble ravie et fait tourner notre appareil à ses amies (nous serrons très fort les fesses à ce moment, en voyant notre petit Samsung blanc se balader de mains en mains graissées d’ocre …?j’ai bien cru que Paul allait nous faire une attaque !). Elle nous demande alors si notre blancheur de peau est vraiment naturelle… Et si dans notre pays (jamais entendu parlé de la France, ni même des autres pays africains…) il y a aussi un soleil… Et si c’est le même soleil qu’ici ! A quoi peut bien ressembler un soleil qui laisse des peaux aussi blanches ?! Une femme nous touche la peau, les poils de jambes de Paul, nos cheveux, nos voûtes plantaires (apparemment incroyablement douces !). On lui montre nos ventres (encore plus blancs que nos bras), et elle pousse un cri ! Nous avions eu le sentiment de ne plus trop savoir qui étaient les touristes finalement, ni à qui cette rencontre atypique avait le plus profité… Ce décalage…. C’était irréel !

Quand les hommes sont arrivés, Maria semblait un peu stressée, Paul et moi nous sommes levés spontanément pour aller les saluer et un homme a immédiatement pris la chaise sur laquelle nous étions tous les deux assis pour s’assoir à son tour un peu plus loin (ce devait être en plus la seule du camp…)! Maria nous explique alors que dans la mentalité des hommes Himba, la femme n’est rien, l’homme doit n’en avoir aucune considération. Sa place est par terre, avec les enfants. Elles ne sont pas autorisés à s’assoir sur une chaise. Les femmes acceptent sans problème ce statut. Elles servent l’homme et puisqu’elles dépendent complètement de lui.

Nous y sommes restés l’après midi puis la nuit, avant de les quitter dans la matinée, emmenant avec nous une femme Himba enceinte jusqu’à l’hôpital d’Opuwo…(Coiffée splendidement de sa peau de chèvre séchée, modelée et rigidifiée couverte de graisse de chèvre mélangée à la poudre d’ocre, c’est cette fois-ci au plafond de la voiture qu’elle aura laissé un souvenir…Quoi?! Dr Beckmann, t’as même pas pensé aux taches d'”Himba”?!).

Maintenant en vrac de tout ce qui me vient à l’esprit (impossible de faire un rapport de tout ce que nous avons pu y vivre !)

~ Le nez des enfants coule à longueur de temps. Leur mère enlève leur morve blanche car mélangée à la poussière du pouce et de l’index pour essuyer ensuite leur main sur leur voute plantaire – seule partie de leur corps encore sèche car non enduite de graisse d’ocre.

~ Leur alimentation, peu variée, se résume à une sorte de porridge à base de farine de maïs bouillie. Ils ne prennent en général qu’un à deux repas par jour. Leur corpulence est loin d’être faible pour autant.

~Les enfants tètent le sein de leur mère toute la journée en s’agrippant étonnamment de façon autonome à elle. Celle-ci, ayant les deux mains libres, vaque à ses petites occupations sans réellement y prêter une attention particulière (inclinaison du biberon ? rot? Connaît pas…). Lorsque le bébé a épuisé les réserves de lait de sa mère et qu’il chouine un peu, celle-ci lui donne du lait de chèvre (dans une bouteille en plastique opaque apparemment pas de première fraîcheur à l’hygiène plutôt douteuse et à la température ambiante de la veille-je parle de la semaine, pas du jour).

~La maladie courante est… La diarrhée ! Tiens donc…

~Les mamans portent leur bébé en les attachant sur une sorte de “porte-bébé” en peau de chèvre à l’allure que j’ai trouvée drôlement moderne !

~En guise de bijoux, les enfants portent à leurs poignets et chevilles des rondelles de bouteilles en plastique de 5l. Les enfants les plus petits sont nus et leur taille est entourée d’une ceinture de perles ou de graines.

~Le sol est couvert de crottes de chèvres qui entrent et sortent du camp librement, et sans doute aussi d’excréments de chiens et d’humains : il n’y a pas de toilette, pas de couches ni de protections périodiques… Les enfants qui ne savent pas encore marcher y sont assis, nus ou y jouent à quatre pattes.

~Les Himbas ne se lavent pas, du moins pas comme nous l’entendons, jamais d’eau sur leur corps. Pour se protéger des parasites, insectes et du soleil, ils s’enduisent de cette fameuse graisse de chèvre mélangée à la poudre d’ocre. Les jeunes enfants s’enduisent pour leur part d’une matière noire à base de charbon de bois. Ça protége mais ça rend surtout beau. Seuls les bébés sont rincés à l’eau de temps en temps. Ils se décapent les dents avec des brindilles machouillées et ramollies à l’extrémité.

~Les maisons sont de petites huttes rondes de 10 à 15 mètres carré construites à base de torchis (bouse+sable+eau) et de chaume. Il y a un foyer central. Toute la famille y dort. Il y fait plus frais le jour et plus chaud la nuit. A côté, se trouve une sorte de “garde-manger” construit aussi avec du torchis, mais sans toit qui leur sert à entreposer toute leurs réserves et objets précieux à leur yeux ( jerrican, bouteilles en plastiques, sac de farine de maïs, etc…). Ce bloc de torchis est scellé définitivement. Pour l’ouvrir, il faut le casser à un endroit. On le referme en recouvrant l’ouverture par une nouvelle pâte de torchis. Cet endroit protége de l’humidité , de la chaleur et des animaux.

~Chaque coiffe a une signification : célibataire/marié(e), avec/sans enfant(s), réglée ou non…

~Nous avons rencontré le chef, assis sur sa chaise. C’est un homme assez âgé qui a eu une vingtaine d’enfants, il ne sait pas exactement. Il a encore actuellement trois femmes. Son petit rituel du matin, c’est de s’enduire le corps de porridge tiède. Une femme lui apporte. Tout semble machinal et habituel. On devient chef de père en fils.

~Seules les chèvres adultes partent brouter la journée sur une autre terre. Pendant ce temps, les chevreaux restent au camp. Ils n’ont pas à être nourris car ils tèteront dès le retour de leur mère. Ceci-dit, beaucoup d’entre eux semblaient se régaler avec des sacs en plastique…

Bon voyage chez les Himbas…

J’irai dormir chez…les himbas.
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8 comments

  1. Le Yann des Bois

    Bien joué ! Ca donne le ton pour les 11 mois qui viennent !

    1. christelle

      Oui enfin les zones à WIFI, c’est bien aussi…!

  2. ca me fait rêver je pars en janvier et reve d une telle expérience. Merci pour ces lignes de partages .

    1. christelle

      Bonjour, n’hésitez pas si vous avez besoin d’une adresse ou d’un contact pour tenter de retrouver Maria…

      1. Ho moi ça me plairait tellement de pouvoir vivre la même chose!! Je suis tombée sur ton site alors que je cherchais au hasard comment “dormir chez les Himba”! Il semble qu’en général on n’y fait qu’un bref passage et que tout est bien organisé… dommage ce n’est pas assez pour partager vraiment!
        J’ai eu la chance de passer du temps chez les “Hommes fleurs” les Mentawai qu’on a pu voir eux aussi dans un “rdv en terre inconnue” et j’avoue que je rêve de faire de même en Namibie. Mais pas n’importe comment et comme tu as eu la chance de le faire toi, là oui c’est top!! Vraiment quelle chance!
        J’espère rencontrer moi aussi une “Maria” qui m’emmènera dans cet autre monde… Voyage prévu pour début 2017 si tout va bien 😉

        1. christelle

          Merci pour ton message ! Les “hommes fleurs”, je ne connaissais pas… Un jour peut-être ! Tellement de peuples vivant en autarcie vivent sur notre belle planète dont on ignore même l’existence… Pour eux, il vaut parfois même mieux finalement… Leur culture est tellement passionnante et suscite tant de réflexions… Nous avons rencontré Maria à Opuwo. Si tu as besoin de plus d’infos, je pourrais te donner une adresse si tu veux, n’hésite surtout pas ! Pour moi, ça reste le plus beau souvenir de notre tour du monde, c’était si fort, si authentique… J’aurai tellement aimé leur poser encore et encore plein de questions, rester plus longtemps pour encore plus m’imprégner de leur culture… Bonne préparation pour ton voyage !

          1. Ben écoute, je veux bien qu on échange par e-mail si tu es d accord envoie moi un petit mot! Merci d avance… 🙂

  3. Incroyable rencontre!…je crois que j’ai rate un épisode de “Rendez vous en terre inconnue”…